Vous ouvrez un document, et trente secondes plus tard votre main attrape le téléphone — sans même y penser. Si vous n’arrivez plus à tenir dix minutes sur une tâche, ce n’est pas un défaut de caractère : votre environnement est conçu pour fragmenter votre attention. La bonne nouvelle, c’est que la concentration se réentraîne. Voici comment. C’est le cœur de la productivité.
Le résidu attentionnel : pourquoi chaque interruption coûte cher
La psychologue Sophie Leroy a mis en évidence en 2009 un phénomène qu’elle a nommé le résidu attentionnel : quand vous passez d’une tâche à une autre, une partie de votre attention reste « collée » à la précédente. Résultat, vous abordez la nouvelle tâche avec un cerveau à moitié disponible — et c’est pire si la première était inachevée ou faite dans l’urgence. Chaque notification, chaque coup d’œil aux mails laisse ainsi un résidu qui dégrade votre concentration, multiplie les erreurs et vous fait traiter l’information moins finement. Le multitâche n’est pas un super-pouvoir : c’est une fuite d’attention permanente.
Le deep work : rare, donc précieux
Dans son livre Deep Work, Cal Newport oppose le travail « en profondeur » — concentré, sans distraction, à forte valeur — au travail « superficiel », fait de mails et de petites tâches dispersées. Sa thèse : la capacité à se concentrer en profondeur devient rare, et donc de plus en plus précieuse. Son conseil contre-intuitif : votre mode par défaut devrait être la concentration, et c’est la distraction que vous devriez programmer en pause — pas l’inverse.
Comment retrouver sa concentration
- Travaillez par blocs protégés. Une seule tâche, sur une plage définie, sans interruption. C’est là que le Pomodoro et le time blocking sont vos alliés.
- Supprimez les déclencheurs. Téléphone hors de vue (sa simple présence réduit vos ressources mentales), notifications coupées, onglets inutiles fermés. On ne résiste pas à une distraction : on l’éloigne.
- Utilisez le « plan prêt à reprendre ». Avant une interruption inévitable, notez en une ligne où vous en êtes et la prochaine étape. Ce geste de moins d’une minute réduit nettement le résidu attentionnel au retour.
- Entraînez votre attention. La concentration est un muscle : commencez par des blocs courts et augmentez progressivement. Apprenez surtout à tolérer l’ennui sans fuir vers votre écran.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Pourquoi je n'arrive plus à me concentrer ?
Le plus souvent, ce n’est pas un problème de volonté mais d’environnement. Nos outils numériques sont conçus pour capter l’attention, et chaque sollicitation laisse un résidu attentionnel : une partie de votre esprit reste accrochée à ce que vous venez de quitter. À force de basculer entre tâches, notifications et onglets, votre attention est en permanence fragmentée et jamais pleinement disponible. S’ajoutent souvent le manque de sommeil et la fatigue, qui réduisent les ressources cognitives. La concentration n’a pas disparu : elle est éparpillée. La retrouver passe d’abord par la protection de son attention.
Qu'est-ce que le résidu attentionnel ?
C’est un phénomène mis en évidence par la psychologue Sophie Leroy en 2009. Lorsqu’on passe d’une tâche à une autre, une partie de notre attention reste « collée » à la précédente, au lieu de se transférer entièrement. Ce résidu dégrade nos performances sur la nouvelle tâche : on traite l’information moins finement, on commet plus d’erreurs, on décide moins bien. L’effet est plus marqué quand la tâche quittée était inachevée ou réalisée sous pression. C’est l’une des raisons scientifiques pour lesquelles le multitâche nuit à l’efficacité, et pourquoi mieux vaut terminer ou clore proprement avant de changer.
Qu'est-ce que le deep work ?
Le deep work, ou travail en profondeur, est un concept popularisé par Cal Newport. Il désigne la capacité à se concentrer sans distraction sur une tâche cognitivement exigeante, par opposition au travail superficiel fait de mails et de petites tâches dispersées. Newport soutient que cette capacité devient rare dans notre économie de l’attention, et donc de plus en plus précieuse. Concrètement, pratiquer le deep work, c’est réserver des plages dédiées à un travail concentré, en faisant de la concentration le mode par défaut et de la distraction l’exception planifiée, et non l’inverse.
Comment améliorer sa concentration concrètement ?
En agissant sur l’environnement avant la volonté. Travaillez par blocs protégés, sur une seule tâche, sur une plage définie. Éloignez les déclencheurs : téléphone hors de vue, notifications coupées, onglets fermés, car la simple présence du smartphone réduit déjà vos ressources mentales. Avant une interruption inévitable, notez où vous en êtes pour limiter le résidu attentionnel au retour. Enfin, entraînez votre attention progressivement, en commençant par des sessions courtes, et apprenez à tolérer l’ennui sans fuir vers un écran. La concentration se rééduque comme un muscle.
Le téléphone nuit-il vraiment à la concentration ?
Oui, et même sans l’utiliser. Des recherches montrent que la seule présence visible du smartphone réduit les ressources cognitives disponibles : une partie de l’attention reste mobilisée à « surveiller » l’appareil, même éteint ou retourné. Chaque notification, elle, déclenche un changement de tâche et son résidu attentionnel. Le téléphone est donc un double piège : il interrompt activement et capte passivement. La parade la plus efficace n’est pas la discipline, qui s’épuise, mais l’éloignement physique : poser l’appareil dans une autre pièce pendant vos plages de concentration.
La concentration peut-elle se travailler ?
Oui, c’est une capacité qui s’entraîne. Comme un muscle, l’attention se renforce avec la pratique et s’atrophie quand on cède en permanence à la distraction. On peut progresser en augmentant graduellement la durée de ses plages de concentration, en réduisant son exposition aux sollicitations numériques, et en s’exerçant à rester sur une tâche malgré l’inconfort ou l’ennui. Certaines pratiques comme la pleine conscience aident aussi à mieux remarquer le moment où l’esprit décroche pour le ramener. L’important est la régularité : un peu chaque jour vaut mieux que des efforts intenses et isolés.
À propos de l’auteur — Julien Mercier. Coach en développement personnel et productivité, ancien cadre reconverti. Il préfère les méthodes éprouvées aux formules toutes faites et décortique, sur Optimiser sa vie, l’organisation, le mindset et le rapport à l’argent — toujours avec une action concrète à tester.




